La saison 2026 est terminée depuis quelque semaines d’un point de vue calendaire. De beaucoup plus en réalité tant ces derniers mois ont été compliqués. En guise de résumé, je vais tenter de vous faire vivre certaines rencontres que j’ai eu la chance de faire au printemps.
La rivière ne va pas bien, les truites se font rares, mais elles ne sont pas totalement éteintes. Pour les trouver, il faut connaitre son territoire par cœur afin d’éviter les secteurs vides. Il faut passer énormément de temps au bord de l’eau pour espérer tomber sur des micros-moments d’activité. Le plus souvent sous l’eau car les éclosions disparaissent elles aussi à petit feu. Les capots sont de plus en plus nombreux pour ma part. Les actions de pêche réelles se comptent régulièrement sur les doigts d’une seule main lors d’une journée de pêche. Les coups du soir sont devenus un souvenir. Les captures se font sur quelques journées seulement.
Si je faisais le ratio heures passées pour prendre 1 truite aujourd’hui par rapport à 10 ou 15 ans en arrière, je raccrocherais les cannes au râtelier. Il ne faut pas y penser et ne pas trop remonter le temps…Ce n’est pas indiqué.
Quoi qu’il en soit, j’ai eu la chance de prendre quelques truites. Toutes sous l’eau. Voici les rencontres qui m’ont marqué à travers un voyage génétique et des robes bien différentes.
La Pointée rouge.
J’ai pris ce poisson lors d’une journée que je qualifierais de prolifique. Pas par le nombre de poissons mis à l’épuisette mais par rapport à mon taux de réussite poissons attaqués / poissons pris. Des coups de ligne parfois assez compliqués qui ne sont tous bien terminés. La pointée rouge me laisse un souvenir d’un combat hyper violent. Ses points rouges sur les flancs bien dispersés mais présents m’ont surpris. Bien longtemps que je n’avais pas vu un poisson de cette taille avec cette caractéristique. On peut trouver sur nos zébrées des points rouges quand elles sont dans leurs deux premières années. Mais une fois adulte non. Comme quoi, dans ce domaine, on trouve de tout.
Cette truite est venue intercepter ma cuivre alors qu’elle-même était en mouvement. Elle avait énormément de force. Je suis toujours bien content d’être en 0.165mm en pointe quand un poisson me fait un tel combat.

L’orange.
J’ai raconté cette histoire dans la revue de la pêche et les poissons. Je vous la remets ici.
Les pêcheurs de truites mettent le plus souvent en avant à travers leurs récits ou autres histoires contées sur les berges des poissons exceptionnels de par leur taille. Les centimètres étant légion chez nous autres pêcheurs. Et pas que chez les truiteux. J’ai moi aussi une place toute particulière pour les grands poissons que j’ai eu la chance de capturer, mais j’aime également me remémorer les truites remarquables par leur esthétisme singulier. C’est le cas pour cette truite qui est l’actrice principale du récit qui va suivre.
Depuis le début de cette saison, lorsque le niveau d’eau le permettait, je suivais régulièrement un poisson qui possède des reflets orangés bien visible sous l’eau. J’ai même pu le tenter en nymphe à vue plusieurs fois sans succès. Cette truite est reconnaissable entre toutes. Dans la rivière que je pratique, les truites sauvages sont majoritairement zébrées de noir avec des reflets jaune pâle. La couleur jaune entre les zébrures foncées peut être plus marquée si le poisson sort de sa cache par exemple. Dans le cas de ma truite, pas zébrure significative mais des flancs tout orangés ! C’est vraiment prononcé et visible de très loin.
À la fin du mois d’Avril, j’ai eu le privilège de partager une partie de pêche avec notre rédacteur en chef préféré. Bill étant de passage par chez moi, nous nous sommes rendus au bord de l’eau pour tenter notre chance en nymphe à vue. J’avais en tête de lui montrer cette truite orange. Je sais qu’il est friand de ces poissons exceptionnels. Je lui ai donc indiqué où se positionner pour avoir une chance de l’apercevoir et pourquoi pas de la tenter. Il y avait juste une petite cassure à quelques mètres de la berge. Les truites ont leurs habitudes sur ce spot. Elles remontent lentement sur cette cassure en se nourrissant. Si le pêcheur est patient, il peut les voir passer à quelques mètres de lui. Après une dizaine de minutes d’affut à l’endroit indiqué, Bill a pu observer la truite orange. Elle était accompagnée d’un poisson plus typique de la rivière. Les deux mangeaient tout en restant constamment en mouvement. Malgré son application, Bill n’a pas eu la chance de ferrer ce poisson. Comme moi lors de mes dernières tentatives. J’ai donc promis à Bill de tenter de lui montrer en photo cette truite dans les semaines qui suivaient.
J’y suis retourné de nombreuses fois. Parfois le poisson n’était pas là. Parfois, j’ai été maladroit comme cette fois où la truite a enfin pris ma nymphe. Après un ferrage que je pensais être bon, le poisson s’est décroché dans les dix premières secondes du combat. Quelle frustration ! J’ai envoyé un message de suite à Bill pour lui raconter. Je pensais que l’histoire avec cette truite orange était terminée pour de bon. D’ailleurs, par la suite, j’ai eu bien plus de mal à la localiser. Elle avait totalement changé ses habitudes suite à la rencontre avec mon hameçon. Elle ne passait plus du tout sur la petite cassure mais avait un circuit totalement différent plus en amont sur la rivière. Elle ne venait plus sur la bordure mais restait à bonne distance en plein de centre de rivière. De toutes évidences elle avait tiré des leçons de sa mésaventure.
Vers la mi-juin, alors que je ne pensais plus trop à ce poisson, elle est de nouveau apparue devant moi comme par magie. J’étais à près d’une centaine de mètres en amont d’où Bill l’avait tenté huit semaines auparavant. Elle se trouvait à environ douze à quatorze mètres de moi au centre de la rivière. Elle avançait lentement en cherchant sa pitance. Ses flancs larges et puissants tout orangés ne laissaient aucune place aux doutes, c’était bien elle ! J’étais sur une période où j’avais un très bon taux de réussite avec une nymphe de trichoptère peu plombée et très dépouillée. J’ai débuté mon mouvement avant-arrière pour déployer la distance de soie nécessaire. Il fallait en faire le moins possible pour ne pas éveiller la truite du danger potentiel. J’ai réalisé un magnifique poser cloche où j’ai vu ma longueur de pointe faire le mouvement exact que je souhaitais. L’impact de la nymphe sur l’eau fut le plus discret possible. Impossible pour la truite de le déceler. La dérive s’est faite très lentement. Lorsque la nymphe est arrivée dans le champ visuel de la truite, j’ai eu nul besoin de l’animer. Le poisson a validé ma dérive en venant croquer mon imitation sans aucune crainte. J’ai pu arracher ma soie de la surface de l’eau dans un puissant ferrage. L’orange était au bout ! Quel pied !
Si elle n’était pas très longue, son poids était un sérieux atout dans le combat. Elle avait des arguments pour m’embêter jusqu’au bout. J’ai bien cru que je ne la mettais jamais à l’épuisette. Pourtant, elle a bien fini par céder. J’ai ainsi pu admirer de près ce poisson réellement atypique pour notre rivière. J’ai surtout pu tenir ma promesse en envoyant la photo de la truite orange à Bill !

La jaune.
Voilà une truite comme on en croise parfois dans une saison. J’ai vu ce poisson pour la première fois le jour où je l’ai pris et je ne l’ai jamais revu depuis. Un fantôme ! Et pourtant, elle se voit à des dizaines de mètres avec sa couleur très claire. Jaune presque blanche. Quand elle est arrivée dans mon champs visuel alors que j’étais sur la bordure, je ne pouvais pas la manquer ! Un trait jaune clair sans zébrure sur un fond de rivière très foncé, c’est un cadeau pour un vieux pêcheur qui ne voit plus grand-chose. Il m’arrive encore après 40 saisons passées au bord de cette rivière d’avoir des petits coups de pression à la vue d’un poisson. Surtout quand il est unique de par sa robe comme cette truite. Je me suis très appliqué dans mon lancer. J’étais très attentif lors de la dérive de ma cuivre. La truite jaune est venue la prendre très doucement. J’ai pu faire un ferrage efficace et le combat s’en est suivi. Cette truite est restée dans l’épuisette un peu plus longtemps que les autres afin que je l’admire. Une robe si claire, avec ces tâches et non des points noirs. Vraiment pas commun comme rencontre. Mais sincèrement très joli.

L’emblématique.
Pour terminer comment ne parler d’un poisson que je considère comme typique de ma rivière. Marbrée de noir, avec ses points et ce fond jaune passé. Une tête bien marquée également. Voilà une vraie belle truite qui de mon point de vue correspond à la rivière d’Ain. Mais force est de constater qu’il y a de tout dans cette rivière comme dans bien d’autres. Je ne suis même pas certain que la souche originelle soit encore présente avec toutes les réintroductions faites par le passé. La plupart des pêcheurs ne s’en rendent pas compte et ne sont pas attachés à ce genre de détails. Du moment qu’il y a une truite au bout…
J’avoue que je suis vraiment admiratif des ces poissons à la robe typée franc-comtoise avec ces zébrures très marquées. Mon dieu que c’est beau ! Que ça respire le sauvage !

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